Comment les attaquants utilisent-ils l'IA ?
Hameçonnage, reconnaissance, code malveillant, tri de données volées : ce que l'ANSSI, l'ENISA et le NCSC observent sur l'usage de l'IA par les attaquants.
Les attaquants utilisent l’IA surtout pour aller plus vite et viser plus large : rédiger des messages d’hameçonnage crédibles, faire de la reconnaissance sur leurs cibles, produire ou modifier du code malveillant et trier les données volées. Selon l’ANSSI, aucun système d’IA n’a toutefois mené seul toutes les étapes d’une attaque : l’IA accélère des méthodes connues plus qu’elle n’en invente.
Cet article fait partie de notre série sur la réponse aux attaques à l’ère de l’IA. Pour savoir comment la défense s’adapte, voir Qu’est-ce que la réponse « à la vitesse machine » en cybersécurité ?.
Ce que disent les agences publiques
Trois évaluations récentes donnent une image cohérente :
- ANSSI (février 2026) : l’agence indique ne pas avoir connaissance de cyberattaques menées contre des acteurs français à l’aide de l’IA, ni de système d’IA capable de réaliser seul l’intégralité d’une attaque. Elle juge plausible que ces technologies permettent aux attaquants d’améliorer significativement le niveau, la quantité et l’efficacité de leurs attaques, surtout contre les environnements peu sécurisés.
- NCSC britannique (mai 2025) : l’IA rendra presque certainement certaines étapes des intrusions plus efficaces, mais des attaques avancées entièrement automatisées de bout en bout sont peu probables d’ici 2027.
- Microsoft (octobre 2026) : les attaquants intègrent l’IA dans la reconnaissance, l’ingénierie sociale, le développement de code malveillant et d’exploits, et l’activité après compromission ; pour l’instant, l’usage se concentre surtout sur des parties précises de méthodes existantes.
Les usages observés
Ingénierie sociale et reconnaissance
C’est l’usage le plus répandu. L’ENISA, dans son Threat Landscape 2025 (octobre 2025) qui compile des données de sources ouvertes, rapporte qu’au début de 2025 les campagnes d’hameçonnage assistées par IA auraient représenté plus de 80 % de l’activité d’ingénierie sociale observée dans le monde ; un chiffre à prendre avec prudence, puisqu’il dépend des sources agrégées par l’ENISA. Selon l’agence, l’IA sert aussi à l’hameçonnage vocal et à la fraude par usurpation d’identité, avec des deepfakes. L’ANSSI cite des groupes qui ont utilisé l’IA générative pour se renseigner sur des cibles, produire des contenus d’hameçonnage ou créer de faux profils d’entreprises et d’employés sur les réseaux sociaux.
Conséquence pratique : les fautes d’orthographe ne sont plus un bon indice. Les attaques qui visent la messagerie et les comptes cloud en profitent directement. Voir Microsoft 365 : les attaques que les MSP ne voient pas venir.
Développement de code malveillant
L’ANSSI rapporte qu’en 2024 un groupe aurait utilisé un script PowerShell généré par un modèle de langage pour compromettre une entreprise allemande. Elle cite aussi un prototype de rançongiciel conçu par des chercheurs, qui génère ses scripts à l’exécution, et un code malveillant qui interroge un modèle d’IA pour réécrire son code source toutes les heures afin d’échapper à la détection. L’agence note que ces développements supposent des capacités déjà sophistiquées.
Tri des données volées
Selon l’ANSSI, qui reprend une déclaration ukrainienne de février 2025, des opérateurs auraient utilisé l’IA générative pour analyser massivement des données exfiltrées et y repérer les informations utiles.
Modèles détournés ou « débridés »
Les attaquants contournent les garde-fous des modèles grand public par des formulations détournées, et des services de contournement se vendent sur les forums. L’ANSSI cite aussi des modèles débridés vendus pour une centaine de dollars par mois. L’ENISA juge préoccupante l’apparition, depuis début 2025, de systèmes d’IA malveillants conçus en propre, au-delà du simple détournement de modèles existants.
L’IA comme leurre et comme cible
L’ENISA relève de faux sites imitant des outils d’IA populaires pour distribuer des logiciels malveillants. Les systèmes d’IA sont eux-mêmes visés : empoisonnement de modèles, failles dans les connecteurs entre modèles et outils, paquets logiciels malveillants publiés sous des noms « inventés » par des assistants de code. L’ANSSI rapporte, en citant une source tierce, que plus de 100 000 comptes ChatGPT auraient été compromis entre 2022 et 2023 par des voleurs d’identifiants. La base MITRE ATLAS recense ces techniques d’attaque contre les systèmes d’IA.
Ce que l’IA ne fait pas encore
L’ANSSI est claire sur un point : l’identification d’une vulnérabilité et le développement de la preuve de concept associée dépendent encore de compétences humaines, et elle n’a connaissance d’aucun cas avéré d’exploitation d’une faille jour-zéro découverte grâce à un modèle d’IA générative. Le NCSC prévient cependant que le délai entre la publication d’une faille et son exploitation, déjà réduit à quelques jours, va presque certainement encore diminuer.
Ce que cela change pour la défense
Rien de radicalement nouveau, mais tout plus vite :
- Protéger les identités. Microsoft rappelle que la plupart des intrusions commencent encore par une personne ou un identifiant : authentification multifacteur et surveillance des connexions cloud restent prioritaires.
- Corriger vite. Si l’exploitation suit la publication de quelques jours, le cycle de correctifs doit suivre.
- Détecter les comportements. Un code qui change de forme échappe aux signatures, pas forcément à un EDR qui juge le comportement.
- Surveiller en continu. Une attaque plus rapide laisse moins de temps entre le premier signal et les dégâts. Voir Comment un SOC et un CERT répondent-ils aux attaques menées avec l’IA ?.
Les défenseurs utilisent aussi l’IA. Chez Cyna, l’IA sert notamment à aider à concevoir des règles d’automatisation de son SOAR ; les analystes restent présents à chaque alerte.
Cyna a aussi consacré un webinaire aux risques de l’IA et du cybercrime pour les MSP.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une IA « débridée » ?
Un modèle dont les garde-fous ont été contournés ou retirés. L'ANSSI cite des services comme WormGPT ou FraudGPT, vendus sur des forums cybercriminels ou des canaux Telegram pour une centaine de dollars par mois.
Les deepfakes sont-ils déjà utilisés contre les entreprises ?
Oui, surtout pour l'usurpation d'identité. L'ENISA relève l'usage de l'IA dans l'hameçonnage vocal et la fraude par usurpation, avec des deepfakes ; l'ANSSI mentionne des services de deepfake accessibles pour quelques dizaines de dollars.
L'IA permet-elle aux attaquants de trouver des failles inconnues ?
Pas encore à grande échelle selon l'ANSSI : l'identification d'une vulnérabilité et la preuve de concept dépendent encore de compétences humaines. Le NCSC estime en revanche que l'IA réduira encore le délai entre publication et exploitation des failles.
Comment sensibiliser les utilisateurs à ces nouvelles arnaques ?
En insistant sur les procédures plutôt que sur l'apparence des messages : rappel systématique par un canal connu avant tout virement ou changement de coordonnées bancaires, quelle que soit la qualité du message ou de la voix.
- L'IA générative face aux attaques informatiques, synthèse de la menace en 2025 (CERTFR-2026-CTI-001), ANSSI, 4 février 2026
- ENISA Threat Landscape 2025, ENISA, octobre 2025 (version 1.3 révisée en septembre 2026)
- Impact of AI on cyber threat from now to 2027, NCSC (Royaume-Uni), 7 mai 2025
- Insights from the 2026 Microsoft Digital Defense Report, Microsoft Security Blog, 1er octobre 2026
- MITRE ATLAS, base de connaissances des techniques d'attaque visant les systèmes d'IA, MITRE
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